À quelques pas de là, la mer est d'huile. Le soleil caresse ci et là quelques épaules coquettement dénudées sur les terrasses de la Pointe-Rouge. Cédric Carrasso sort pour la deuxième fois de chez lui. L'espace d'une rencontre, il fuit "les pansements, les piqûres", un protocole postopératoire indispensable. "J'ai privilégié la maison lors des deux premières semaines, raconte-t-il, en guise de bonjour. Je ne peux pas encore aller à la pêche, sourit-il, mais tout reviendra. Je profite d'heures importantes : la rentrée de ma fille à l'école, je regarde comment améliorer la maison, je vais en profiter pour aller voir mon frère à Montpellier et l'aider dans la signature de son premier contrat. Je vis différemment..."
Derrière ses lunettes noires, ses yeux voyagent, scrutent l'horizon. Ils donnent le sentiment de chercher son avenir. Son éternelle sacoche en bandoulière posée sur un tee-shirt rouge, Cédric légende sans amertume son infortune : "Depuis trois ans, je n'avais raté aucun match, aucun entraînement. Ce qui m'arrive ressemble à l'incompréhension d'un pilote qui a obtenu la pole position et auquel on confisque le volant à l'heure du départ du Grand Prix."
Riche d'une expérience similaire voilà trois ans, Cédric sort endurci : "J'ai évacué ma douleur et ma haine sur le terrain. J'ai revu à une vitesse incroyable le flash-back des trois dernières années à l'OM, tout le travail réalisé, la qualification en Ligue des champions. Oui, j'ai déprimé deux heures. Dès l'après-midi, je me suis attaché à évacuer le stress préopératoire pour appréhender calmement l'intervention."
L'actualité brutale le ramène aussi à plus de discernement. "Il y a des choses tellement plus graves. Le dimanche, en rentrant à la clinique, j'ai découvert les images de Puerta. Je n'allais pas me plaindre de ma condition, j'étais presque content d'être à ma place."
Fin du premier épisode, celui de la cicatrice. Cédric profite du bon air, se confie, raconte sa soif de comprendre au plus près son expérience passée : "Deux mois après mon opération des croisés, je suis retourné au bloc pour assimiler l'opération que j'avais subie. J'avais besoin d'être rassuré. Le docteur Franceschi contribue grandement à la réussite de ma carrière. Quand on voit comment dix minutes après l'avoir soudé, il tord un ligament dans tous les sens, on est choqué, mais on repart avec une telle assurance. Si l'occasion se présente, j'espère vivre de nouveau cette expérience. Je veux savoir ce qu'a vécu mon tendon. Je n'ai pas peur d'affronter la réalité."
Voir pour oublier, voir pour évacuer le dernier doute. Tourner la page et ouvrir le chapitre du renouveau. "Je n'ai pas envie de me projeter sur mon retour. J'ai remis les compteurs à zéro, une nouvelle carrière commence." Sur un chapitre de cette histoire, Cédric dessine son ambition : "Revenir meilleur que je l'étais à l'heure de ma blessure. Je connais ma détermination dans les moments difficiles. Je vais me servir du temps que je suis en train de perdre pour en gagner à mon retour." Sans rien brusquer, sans négliger les paliers d'une rééducation méthodique, réfléchie. "Au niveau de la performance, je repartirai le jour où je serai capable de faire aussi bien que le jour où je me suis blessé." En toile de fond, une place de numéro un à reconquérir : "Je sais où se situe mon niveau. En terme de concurrence, savoir ce qui se passera quand je reviendrai n'est pas la question existentielle du jour. Je serais d'ailleurs fou de m'attarder là-dessus."
À quelques pas de là, la mer reste d'huile. Cédric reprend ses béquilles. Il avance à pas comptés. Une première délivrance. En guise d'au revoir, ces quelques mots : "Aujourd'hui, je sais où est ma place : à l'infirmerie. Je raisonne de même pour les matches au stade : j'y retournerai seulement quand j'aurai repris un cycle actif. Le jour du lancement de sa troisième carrière...
ps: pour celine l'interview carrasso la faite pour le journal la provence donc je les trouvé sur internet si tu tape interview carrasso se sera écrit le titre de l'article c'est "les larmes de carrasso" voila bisous